le modèle allemand est-il viable à moyen terme, d'après les propos de M. Schild, magistrat et député au Bundesrat de Sarre

Publiée le 23 avril 2013, par Eugénie Toba

Conférence du 11 04 2013 organisée par ADA (Animation-Débats-Actualités) de Villers les Nancy (54) en coopération avec le Goethe Institut de Nancy, de H. Wolfgang Schild, sarrois, magistrat, ancien membre du Bundesrat de Sarre, marié à une française et séjournant souvent en France.
M. Schild nous a introduit son discours par un doute sur la fascination qu’exerce l’Allemagne et ses bons résultats économiques (balance commerciale fortement excédentaire, faible taux de chômage, solidité des institutions) face au complexe développé par les français qu’il considère être un tort.
Il pense que la politique française ne devrait pas imiter celle de l’Allemagne

Il pense que la politique française ne devrait pas imiter celle de l’Allemagne qui repose sur 3 piliers : l’Etat, les Eglises et les Partenaires sociaux. Il pose la question de savoir si tous les travailleurs profitent réellement de ces succès ?
M. Schild met en avant la sagesse de la loi fondamentale (Grundgesetz) et des pouvoirs partagés (exécutif, législatif et judiciaire) aboutissant à la nécessité d’un gouvernement de coalition basé sur des programmes de compromis. Le pouvoir législatif appartient au Bundestag, tandis que le pouvoir exécutif relève des Länder. Cependant, les Wutbürger, les « citoyens en colère » s’opposent aux hommes politiques qu’ils déconsidèrent et aux administrations qu’ils estiment incapables et exigent des expertises à tout va.

La force du compromis et les partenaires sociaux : les relations sont basées sur le dialogue et entraînent peu de confrontation et de grèves. Mais des discussions s’élèvent sur le comportement des partenaires sociaux régis par 5 lignes directrices : l’économie sociale de marché avec le respect et la réussite de l’entrepreneur, une économie respectueuse avec des normes et règles délivrant des salaires à la hauteur de la qualité du travail, la cogestion au niveau de l’entreprise, la cogestion du conseil d’entreprise sur les modalités de travail y compris sur le licenciement, la cogestion paritaire avec un conseil de surveillance.

Certes le taux de chômage paraît relativement faible avec ses 7,3% pour 3,8Millions de chômeurs allemands. Mais ce chiffre cache les 900 000 personnes avec un « petit travail », les 4,8 millions de minijobs à 450EUR/mois, les 2 millions de minijobs nécessaires à côté d’un emploi, les 400 000 minijobs pour une durée de travail de 2mois/an, et enfin l’important travail temporaire soit 10 à 12 millions de personnes en travail précaire.

De plus, les indemnités chômage durent 1 an et font place aux droits d’une assistance chômage selon la loi Hartz IV avec une indemnité de réinsertion à l’emploi de 382EUR/mois, d’où une certaine pauvreté. Il faut savoir aussi que le salaire moyen allemand est de 7EUR/Heure seulement.

Ces données s’opposent aux 9millions d’EUR de fortune de certains allemands soit en 2012 5% des plus riches possédant 66% des richesses, bénéficiant d’un taux d’imposition maximum de 50% à compter de 52000EUR de revenus/An ; entraînant une très faible imposition des fortunés, une très faible imposition des héritiers.
Ceci dans un contexte de droit fiscal allemand qui est un des plus compliqué au monde.
Cette situation peut détruire le consensus social.
La population est sceptique par rapport à l’économie sociale de marché en raison de cette offense à l’équité !
Pour M. Schild, l’Allemagne axée sur la compétitivité à l’extérieur et sur une injustice sociale à l’intérieur ne peut plus fonctionner à terme.

La laïcité à l’allemande et les Eglises : Les Eglises, lieux de bonheur, de discussions, de critiques des hommes politique sont le lieu où se forme la conscience du peuple allemand. Elles font partie des fondements des valeurs allemandes et favorisent la conciliation politique. Les Eglises catholiques et protestantes sont riches, leur fortune s’élève à 50 Milliards d’EUR ; elles sont les plus riches du monde grâce à l’impôt pour les Eglises qui représente 5% à 9% du salaire/mois. « pay and pray » dirons-nous en Allemagne. Elles sont puissantes et se placent au 2ème rang en tant qu’employeur avec 1,3millions d’employés, notamment dans les écoles maternelles, crèches et charitas. Selon les principes de solidarité et de subsidiarité, l’Etat allemand leur délègue le travail social.
Mais les allemands remettent en question cette position en raison des abus sexuels sur les enfants qui ont fait grand tapage sans vraiment de sanctions.
En plus, les hôpitaux et les Eglises sont en fait financés par les caisses de sécurité sociale et les malades eux-mêmes. Les écoles aussi sont financées à 10% seulement par l’impôt religieux. L’Etat paye 50% du travail des Eglises dans le tiers monde.
Or, les lois de l’Etat ne sont pas appliquées dans les Eglises qui ont un droit d’autodétermination et un droit du travail spécifique différent du droit commun : la loyauté est importante, l’adultère est interdit et provoque un licenciement, pas de cogestion, c’est une commission interne qui fixe les conditions de travail, pas de droit de grève…

Enfin, le développement démographique général est en baisse, les impôts vont aussi à la baisse et le nombre de paroisses a été réduit de 50%. Ainsi en 1970 on comptait 94% d’allemands membres d’Eglises alors qu’en 2012, on compte 29,7% de membres déclarés de l’Eglise catholique , 29,6% de protestants et une majorité officiellement « sans confession ». Des tensions sont donc en train d’apparaître.

La vieille Allemagne, das alte Deutschland :
En 2012, on compte 81 millions d’allemands, en 2020, on en comptera 79millions et en 2030 seulement 77 millions ; ce qui signifie un dépeuplement général avec des disparités selon les Länder, moins d’écoles et de commerce qui vont fermer, moins de médecins, et une hausse des taxes. Il y a peu de naissances en Allemagne avec un taux de fécondité de 1,3 enfants/femme.
Les jeunes sont de plus en plus sensibles aux extrémismes de gauche et de droite.
Les plus âgés vont être de plus en plus vieux. Les architectes s’intéressent à la question par une adaptation des habitations (salles de bain adaptées,…), les soins aux personnes âgées (+85ans) augmentent ; parmi eux 70% sont aidés par leur famille mais celles-ci ne pourront plus les assumer
Il va falloir trouver de nouvelles relations entre les jeunes et les personnes âgées. Cette situation a aussi des conséquences sur le système d’assurance vieillesse. La retraite par répartition cause un problème. Elle s’élève à 1100EUR en moyenne actuellement.
3 jeunes financent un retraité mais en 2030, 2 jeunes paieront pour 1 rentier sans s’assurer leur propre retraite.
L’âge de la retraite sera reporté en 2029 à 67 ans, le niveau des pensions va baisser ; le système d’assurance vieillesse est largement soutenu par l’Etat.
Il existe un véritable problème de justice entre les générations.
Pas de jeunes pour beaucoup de personnes âgées et les jeunes auront ZERO EURO arrivés à leur propre retraite. C’est une impasse !

Conclusion : le modèle français avec sa politique familiale favorisant les naissances et le soutien aux crèches à l’inverse de l’Allemagne qui a oublié le domaine familial et a peu de crèches surtout du côté « alte Bundesländer « avec ses 22 places seulement pour 100 enfants, est garant pour M. Schild d’un meilleur avenir. Malgré la réforme du droit du sang remplacé par le droit du sol pour être allemand, les populations turques ou étrangères restent difficiles à intégrer et font l’objet de rejets de la part des allemands.
Au final, M. Schild pense que cette fascination actuelle pour l’Allemagne reste tout à fait discutable puisque le modèle allemand n’est pas viable à long terme en raison des tensions qu’il provoque et que le modèle français est plus prometteur de réussite à long terme.
Rédaction par Eugénie TOBA, assistant à cette conférence
le 14 04 2013

A propos de l'auteur

Eugénie Toba

conseil d'entreprises franco-allemande, TOBA TCI

Spécialiste des Techniques de Commerce international pour gérer les flux Grand Export et Vers l'Union Européenne dont l'Allemagne, Développement commercial vers l'Allemagne

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